PASSER SA VIE – Cécile Coulon (+ Traduzione in Italiano) *texte inédit

Cette fois-ci tu ne te laisseras pas envahir par des troupeaux de fureur,
cette fois-ci tu ne diras pas que ce n’est pas ta faute, tu ne diras pas
que c’est à cause du monde extérieur, cette fois-ci tu laisseras déborder
ta gorge comme la terre laisse déborder ruisseaux et fleuves
.
Tu as passé ta vie à te tenir éloignée de tout ce qui pouvait te rendre
vulnérable. Tu as passé ta vie en te promenant dans les allées sans pousser
les portes de magasins dont les vitrines vides te donnaient un reflet tordu
de toi-même.
Tu as passé ta vie comme on passe un mauvais moment, les paupières closes,
mâchoires serrées, mains crispées autour de tasses de thé ou verres de vin,
mains crispées autour de sandwichs industriels ou sorbets deux boules,
dans la nuit.
Tu as passé ta vie à te mordre les lèvres.
.
Cette fois-ci
tu ne diras pas des méchancetés pour éloigner ceux qui t’aiment.
Cette fois-ci tu ne vas pas te faire mal, tu ne vas pas saigner,
des gencives, du sexe de narines et des ongles, tu ne vas pas essayer de
ressembler à quelqu’un qui ne te ressemble pas.
Cette fois-ci, tu vas te nicher dans la douceur.
.
Tu as passé ta vie tranquillement, agréablement poussée en avant, par les
mains des autres, par les conseils des autres, par l’argent des autres.
Tu as passé ta vie en pensant que pleurer ça ne se fait pas. En vérité,
les gens qui pleurent sont superbes, les gens qui pleurnichent sont idiots.
Tu as passé ta vie comme on passe son tour. En levant la main,
sur ton front, adressant un geste discret de refus à un futur invisible,
la carte des desserts.
Tu as passé ta vie sans te retourner.
.
Cette fois-ci tu vas ouvrir ton cœur comme une mangue.
Cette fois-ci tu ne vas pas hurler au téléphone.
Cette fois-ci tu vas aimer même si tu ne t’aime pas.
Cette fois- ci tu penseras aux fois d’avant : une vague de honte déferlera
dans tes pensées et il faudra que tu la laisses déferler avant qu’elle
s’épuise et se retire dans une autre existence.
.
Tu as passé ta vie en transportant, de part et d’autre de ton dos,
des sacs de mauvais souvenirs. Tu cheminais ainsi sur les cotes de
tes falaises d’enfance, presque aplatie d’émotions noires,
mule de moyenne montagne, animal de bonne compagnie.
Tu as passé ta vie couchée devant une fenêtre ouverte.
Tu as passé ta vie à dresser des palissades.
.
Cette fois-ci, tu ne vas pas tressaillir lorsque sa main s’approchera.
Tu ne vas pas trembler comme tremble l’escargot lorsqu’on frôle ses cornes.
Tu ne vas pas trembler si l’amour s’emmêle à tes cheveux.
Cette fois-ci, tu diras les choses vraies.
Cette fois-ci, tu ne vas pas fuir derrière tes facilites,
derrière tes fossettes, tu ne te faufileras pas dans tes passages secrets.
Cette fois-ci, tu te donneras le droit d’éclater en sanglots.
Tu te donneras le droit d’être nue.
Tu te donnera le droit de ne pas répondre.
.
Tu as passé ta vie ne pensant que ça finirait vite et maintenant qu’une
autre vie t’a traversée tu voudrais que ça n’en finisse plus.

*Cécile Coulon , *texte inédit



TRADUZIONE IN ITALIANO DI Andrea Giramundo

PASSARE LA PROPRIA VITA

Questa volta non ti lasciarsi invadere da greggi di furore,
questa volta non dirai che non è colpa tua, non dirai
che è a causa del mondo esterno, questa volta lascerai straripare
la tua gola come la terra lascia straripare ruscelli e fiumi
.
Hai passato la tua vita a tenerti lontana di tutto ciò che poteva renderti
vulnerabile. Hai passato la tua vita portandoti a spasso nei viali senza spingere
le porte di negozi le cui vetrine vuote ti davano un riflesso storto
di te stessa.
Hai passato la tua vita come si trascorre un cattivo momento, le palpebre chiuse,
mascelle strette, mani esasperate intorno a tazze di tè o bicchieri di vino,
mani esasperate intorno a tramezzini industriali o sorbetti due palle,
nella notte.
Hai passato la vita a morderti le labbra.
.
Questa volta
non dirai cattiverie per allontanare chi ti ama,
Questa volta non ti farai del male, non sanguinerai,
dalle gengive, dal sesso dalle narici dalle unghie, proverai a non
assomigliare a qualcuno che non sei
questa volta, ti rintanerai nella dolcezza.
.
Hai passato la tua vita tranquillamente, gentilmente spinta in avanti, dalle
mani degli altri, dai consigli degli altri, dai soldi degli altri.
Hai passato la tua vita pensando che piangere non si fa. In verità
le persone che piangono sono superbe, quelle che piagnucolano sono idiote.
Hai passato la tua vita come si passa il proprio giro. Sollevando la mano,
sulla tua fronte, indirizzando un gesto discreto di rifiuto ad un futuro invisibile,
la carta dei dessert.
Hai passato la tua vita senza voltarti.
.
Questa volta aprirai il tuo cuore come un mango.
Questa volta non urlerai al telefono.
Questa volta amerai anche se non ti ami.
Questa volta – qui penserai alle volte d’avanti: un’onda di vergogna si infrangerà nei tuoi pensieri ed occorrerà che la lasci infrangersi prima che
si esaurisca e si ritiri in altra esistenza.
.
Hai passato la tua vita trasportando, da una parte all’altra della tua schiena,
delle borse dei cattivi ricordi. Camminavi così sulle coste di
le tue scogliere d’infanzia, quasi appiattita da emozioni nere,
mula di media montagna, animale di buona compagnia.
Hai passato la tua vita distesa davanti ad una finestra aperta.
Hai passato la tua vita ad innalzare delle barricate.
.
Questa volta, non sussulterai quando la sua mano si avvicinerà.
Non tremerai come trema la lumaca quando le si sfiorano le corna.
Non tremerai se l’amore si ingarbuglia ai tuoi capelli.
Questa volta, dirai le cose vere.
Questa volta, non ti rifugerai dietro le tue facilità,
dietro le tue fossette, non t’intrufolerai nei tuoi passaggi segreti.
Questa volta, ti darai il diritto di esplodere in singhiozzi.
Ti darai il diritto di essere nuda.
Ti darai il diritto di non rispondere.
.
Hai passato la tua vita pensando solamente che sarebbe finita rapidamente e adesso
che una altra vita ti ha attraversato vorresti che ciò non finisse mai.

*IMAGE: La poesia di Cécile Coulon sul n°3 della rivista La Terrasse


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